LA RIVIERE SUIR ET SES AFFLUENTS

La Suir est une grande rivière semi-calcaire, du type la Loue. Large de 25 à 30 m, elle coule sur des fonds de pierres, de sable et de graviers et serpente sur près de 150 kms à travers le comté du Tipperary absorbant au passage les eaux de nombreux affluents aux caractères tous très différents :
- l'Anner, petite rivière calcaire aux truites grasses et blondes,
- la Nire petit cours d'eau torrentueux et acide, peuplée de truites de taille excédant rarement les 30 cm mais étant une véritable nursery pour les truitelles et les tacons.
- la Tar, rivière de plaine, aux eaux très acides et abritant de ce fait une population de
  truites de taille modeste et une multitude de tacons.

La densité des truites dans la Suir est étonnante, surtout si l'on tient compte du fait qu'il n'y a pas de rempoissonnement sur cette rivière et la quasi-totalité du cheptel est constitué de farios sauvages.

Mis à part les saumons, peu ou pas d'autres poissons, quelques anguilles qui forment heureusement la majeure partie de l'alimentation des hérons et des visons sauvages. Il existe aussi quelques épinoches qui engraissent les grosses truites devenues cannibales et qui, se nourrissant au fond pratiquement toute l'année, ne représentent donc que peu d'intérêt pour le pêcheur à la mouche.

Bien que jamais énormes (record-client détenu par un pêcheur auvergnat - Michel Vergnaud  - 7,5 livres en sèche), les truites de la livre et plus sont légion dans la Suir comme le prouvent d'ailleurs les chiffres officiels obtenus lors de la dernière pêche électrique (3000 truitelles de 12cm et plus par hectare et 1 truite adulte (2 à 4 ans) pour 5 m³. La qualité, la quantité et la variété de la micro faune (larves, nymphes, gastéropodes, insectes terrestres, crustacés) explique la qualité étonnante de la pêche à la mouche sous toutes ses formes (sèche, noyée, nymphe) et l'absence quasi totale de "poissons blancs" et de prédateurs du genre brochets, sandres, silures, perches et autres explique la densité exceptionnelle des truites dans la rivière.

Ici la prédation sur les animaux malades ou chétifs est faite par les loutres, les anguilles, les hérons et les visons. Car c'est aussi cela la Suir, les rencontres fréquentes avec une vie sauvage qui a disparue ailleurs, et si le nombre des gobages et des prises est bien évidemment important, la rencontre d'une loutre joueuse chassant vos truites ou d'un vison furtif se gorgeant d'une truitelle imprudente ne le sont pas moins et le sentiment "d'appartenir" que l'on ressent en pêchant cette rivière est souvent intense et rare.

La rivière, riche en herbiers, et aux rives souvent boisées présente un milieu idéal au développement d'une multitude d'espèces d'insectes aquatiques et bien que les herbiers soient des "garde-manger copieusement garnis", les truites sont néanmoins très actives en surface ou juste sous la surface ce qui permet de pêcher très souvent en sèche ou en nymphe.

Mises à part les éclosions massives de grosses phryganes au crépuscule, à partir du mois de juin, on pêche en sèche la plupart du temps avec de petites artificielles (16/18/20) et avec des bas de ligne très fins (14/12/10).

En effet la rivière n'ayant que très peu de zones vaseuses, il n'y a pratiquement aucune éclosion de mouche de mai et même lorsque quelques spécimens flottent portés par le courant, ils sont rarement pris par les truites. Les farios de la Suir semblent avoir une prédilection pour les mouches de très petites tailles et cette tendance est souvent l'une des raisons majeures des bredouilles retentissantes que cette rivière nous inflige de temps à autres.

Ma bête noire depuis des années sont les éclosions de Caenis, ces misérables petites pestes provoquent les séances de gobages les plus incroyables dont j'ai été le témoin et cependant ces éclosions massives coïncident avec mes souvenirs les plus déprimants de séances de fouettages aussi douloureuses que vaines.

De même les vrais fanatiques de la pêche à la nymphe trouveront la Suir à la hauteur de leur réputation et cette rivière leur posera de nombreux problèmes autant techniques et tactiques. En effet, en été, les truites nymphent souvent pendant la journée, ces petits gobages presque imperceptibles par eaux basses et par temps clair sont très difficiles à couvrir proprement et la couleur très foncée du fond de la rivière rend le repérage des poissons actifs sous la surface très délicat. L'usage d'un rigoletto sur le corps de la ligne s'avère souvent indispensable pour capturer quelques poissons à l'aide de cette méthode.

Malgré l'énorme densité de truites qui la peuplent, la Suir n'est pas une rivière facile à pêcher, en réalité c'est le type même de la rivière "pour pêcheurs", j'entends par-là que les paniers seront souvent proportionnels à la qualité de votre technique et de nos jours où trop de rivières européennes sont repeuplées à l'aide de truites de bassine ce fait est plutôt rassurant et le vrai pêcheur sera enchanté du challenge que lui présentera cette rivière.

De même le débutant, le néophyte, aura la possibilité d'attaquer beaucoup plus de gobages et de ce fait aura l'occasion d'améliorer sa technique et de corriger ses défauts plus rapidement. Il est en effet plus facile d'apprendre et de progresser grâce à ses erreurs et ses défaites et c'est toujours en pêchant des eaux et des poissons difficiles que l'on progresse et que l'on peut améliorer ses résultats.

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